Pourquoi avons-nous créé une version gratuite ? La vraie réponse
On nous demande sans cesse pourquoi nous avons offert ce produit gratuitement. La réponse courte, c’est le réseau de services. La réponse plus longue, c’est que la gratuité s’est avérée être une meilleure stratégie technique,…
Mise à jour de l'25 octobre 2026

On nous demande sans cesse pourquoi nous avons offert ce produit gratuitement. La réponse courte, c’est le réseau de services. La réponse plus longue, c’est que la gratuité s’est avérée être à la fois synonyme d’une meilleure ingénierie, d’une meilleure portée et d’une meilleure information.
Un mot de notre fondateur. Publié en octobre 2026.
La réponse que je donne habituellement : le réseau de services
Les entreprises de services ne travaillent pas seules. Elles font constamment appel à des partenaires et à des sous-traitants, pour trois raisons : la mission nécessite un métier qu’elles ne pratiquent pas, elle se situe en dehors de leur zone d’intervention, ou elles manquent de personnel cette semaine-là. Ce n’est pas un cas d’exception. C’est ainsi que le secteur fonctionne réellement.
Et cette coordination ne s’effectue pratiquement jamais via un logiciel. Elle se fait par SMS, par téléphone et sur papier. Quelqu’un ressaisit la même adresse et les mêmes horaires dans deux systèmes différents. Le périmètre de la mission est décrit à voix haute et retenu différemment par chaque partie. Les photos restent dans la galerie d’une seule personne. Des détails sont omis, les missions prennent du retard, et le client en subit les conséquences sans jamais en comprendre la raison.
La raison n’est pas que personne ne s’en soit aperçu. C’est que le modèle économique empêche d’y remédier.
Les logiciels traditionnels de gestion des interventions sur site sont facturés par poste. Chaque sous-traitant que vous ajoutez représente une ligne supplémentaire sur votre facture, pour une personne qui n’est pas votre salarié et qui ne réalisera peut-être que trois missions pour vous par an. La gestion des autorisations devient compliquée, car cette personne ne doit pas avoir accès à l’ensemble de votre carnet de clients. De plus, le sous-traitant gère déjà sa propre activité sur une autre plateforme ; ainsi, même si vous payez pour l’ajouter, vous lui imposez de saisir les mêmes informations à deux endroits différents. De nombreuses applications d’entrée de gamme ne proposent tout simplement pas la gestion des sous-traitants, et la raison est d’ordre commercial plutôt que technique : c’est un moyen évident de contourner le paiement des licences.
La gratuité résout le problème. Lorsque l’application ne coûte rien et que les licences sont gratuites, un sous-traitant peut travailler au sein de votre espace de travail sans aucun coût pour vous, tout en conservant sa propre activité dans son propre espace de travail gratuit sur le même téléphone. Pas de calculs de licences. Pas besoin de faire comme si un partenaire était un salarié. Une seule source de vérité commune pour le travail que vous partagez, et une séparation claire pour tout ce que vous ne partagez pas.
C’est sur ce point que je tiens à être précis : ici, la gratuité n’est pas une remise. C’est ce qui rend l’arrangement possible en soi. Vous ne pouvez pas construire un réseau d’entreprises indépendantes sur la base d’une tarification par poste, car celle-ci vous facture précisément le comportement dont dépend le réseau.
La version pratique de ce concept est disponible dès aujourd’hui, et ses limites réelles sont décrites dans l’article « Sous-traitants sans double comptabilisation – Une seule application gratuite pour toutes les entreprises pour lesquelles vous travaillez ». Le partage direct d’une mission entre deux entreprises figure dans notre feuille de route publique, mais cette fonctionnalité n’est pas encore disponible.
La gratuité, c’est la marque d’une bonne ingénierie
Je pense que davantage de logiciels devraient être gratuits, et ce non pas pour des raisons sentimentales. Créer quelque chose qui peut être offert gratuitement relève d’une véritable discipline d’ingénierie.
Si vous ne pouvez pas facturer par utilisateur, vous ne pouvez pas laisser exister de coûts par utilisateur. Cette contrainte unique vous pousse vers l’efficacité, et l’efficacité est l’essence même d’une bonne ingénierie. Vos données résident sur l’appareil car c’est moins cher et plus rapide que de les héberger. Il n’y a pas de comptes, car les comptes nécessitent des serveurs. L’application fonctionne sans réseau, car elle n’a jamais dépendu d’un serveur au départ. Chacune de ces décisions améliore le produit pour l’utilisateur, et nous y sommes parvenus parce que nous avions écarté la solution de facilité pour générer des revenus.
Les contraintes sont source d’innovation. La facturation à l’utilisation est tout le contraire : c’est un levier sur lequel on peut agir au lieu de résoudre le problème. Si on y a recours assez souvent, on cesse de rechercher une architecture plus économique, car on n’en a plus besoin.
Les principes économiques qui sous-tendent cette approche, ainsi que la règle que nous utilisons pour déterminer ce qui est gratuit, sont exposés dans « No Cheese in the Trap : The Rule Behind ToolBerry Free ».
La gratuité est un langage universel
Un logiciel vendu en dollars est un logiciel conçu pour ceux qui ont des dollars. Dans une grande partie du monde, un abonnement mensuel de 79 dollars pour une entreprise artisanale de deux personnes n’est pas cher, c’est inimaginable. Ces entrepreneurs ont les mêmes problèmes qu’une équipe à San Diego : la planification, l’historique des missions, le paiement, la coordination d’une main-d’œuvre supplémentaire. Ils sont simplement invisibles pour une page de tarification.
La gratuité est comprise partout. Elle ne nécessite ni traduction, ni conversion monétaire, ni comité régional de tarification.
Cela compte pour nous pour une raison qui n’est pas purement commerciale. Notre équipe est internationale. Concevoir un produit qui ne fonctionne que pour le marché américain signifierait que la plupart des personnes qui le développent ne pourraient le proposer à aucune de leurs connaissances. C’est une forme d’aliénation silencieuse : créer quelque chose que l’on ne peut pas partager avec sa propre famille ou sa propre ville. Je préfère que les personnes qui développent ce logiciel puissent l’installer pour un cousin possédant une camionnette, où qu’il habite. C’est aussi pour cette raison que l’application a été bilingue dès le début, et non pas après coup.
La gratuité nous révèle la vérité
C’est un point qui m’a surpris, et c’est la raison pour laquelle je conserverais une offre gratuite même si elle ne nous rapportait jamais un seul dollar.
Si chaque utilisateur vous a payé, chaque retour que vous recevez provient de quelqu’un qui a déjà accepté votre prix, votre positionnement et vos hypothèses. C’est un échantillon filtré, et il est filtré dans le sens le plus flatteur possible. Vous finissez par optimiser pour les personnes qui ont déjà dit oui et par ne jamais entendre parler du groupe bien plus important de ceux qui sont repartis. Le biais du survivant, à l’échelle du produit.
La gratuité supprime ce filtre. Nous recevons des retours d’utilisateurs qui n’auraient jamais saisi leurs coordonnées bancaires pour se faire entendre, dans des secteurs d’activité pour lesquels nous n’avions pas conçu notre produit, dans des pays auxquels nous n’avions pas pensé, sur des appareils que nous n’avions pas testés. Une grande partie de ces retours est gênante. Certains ont modifié notre feuille de route. Aucun d’entre eux ne nous serait parvenu via un entonnoir payant.
Pour un produit destiné à un type d’entreprise spécifique et relativement restreint, cette ampleur fait toute la différence entre connaître ses clients et se contenter de les deviner.
La version gratuite est une démo qui fonctionne toute seule
Pensez à ce qu’il faut normalement pour qu’une personne évalue véritablement un logiciel de gestion des interventions sur site : un appel commercial, un entretien pour définir le périmètre, une période d’essai que quelqu’un doit mettre en place, peut-être un environnement de validation de concept, et une personne pour encadrer l’ensemble du processus. Tout cet appareil existe parce qu’il est impossible de découvrir le produit sans lui.
Le nôtre, si. N’importe qui peut installer le produit réel, sans compte ni carte bancaire, et l’utiliser pour effectuer une véritable journée de travail. Pas un environnement de test, pas une instance de démonstration limitée : le produit lui-même. Cela élimine une part considérable de coûts et de frictions de la partie la plus difficile de la vente d’un logiciel, à savoir amener quelqu’un à l’essayer réellement.
Et cela s’amplifie. Les gens font volontairement la promotion des choses gratuites. Ils publient des messages à leur sujet, les recommandent sur des forums, en parlent au prochain opérateur au comptoir des pièces détachées – sans accord, sans lien d’affiliation et sans qu’on leur demande quoi que ce soit. Il est intéressant de noter qu’une grande partie du marketing d’influence consiste, pour les entreprises, à payer pour susciter précisément cet enthousiasme : offrir le produit gratuitement au créateur, dans l’espoir qu’il en parle. Un produit véritablement gratuit génère la version authentique de ce phénomène, de manière continue, sans campagne particulière.
Les synergies que nous n’avons pas forcées
Voici ce qui m’a convaincu que nous étions sur la bonne voie, et non pas simplement sur une idée astucieuse.
La gratuité, la priorité au hors ligne, la priorité au mobile et le réseau de services se renforcent mutuellement, et nous n’avions pas prévu cela. Aucun compte n’a rendu la gratuité possible. Les données stockées sur l’appareil ont rendu le hors ligne possible. Le hors ligne a rendu le service véritablement utilisable sur le terrain, là où ce travail s’effectue. La gratuité et l’absence de frais d’abonnement ont permis la création d’un réseau d’entreprises indépendantes. Chaque décision a rendu la suivante moins coûteuse, et non l’inverse.
C’est inhabituel. En général, les choix architecturaux s’opposent, et on passe son temps à payer une décision par une autre. Quand quatre d’entre eux ne cessent de se procurer mutuellement des avantages, c’est le signe que le modèle sous-jacent est adapté au problème, plutôt que le résultat d’une grande ingéniosité. Nous avons surtout cessé de nous battre avec ce modèle.
La partie stratégique, honnêtement
je n’ai aucun mal à le dire haut et fort : la gratuité est aussi un argument concurrentiel, et sur ce marché, c’est un argument de poids.
Mais je tiens à préciser pourquoi, car la version simpliste de cette affirmation est erronée. Ce n’est pas que les acteurs en place soient stupides ou cupides. C’est qu’un produit « cloud-first » facturé à l’utilisateur ne peut véritablement pas proposer de véritable offre gratuite. Chaque utilisateur gratuit leur coûte de l’argent chaque mois, indéfiniment ; un forfait gratuit doit donc être tellement limité qu’il en devient inutile, sous peine de leur faire perdre de l’argent. C’est leur architecture qui constitue la contrainte, pas leur imagination. Pour être franc : leur modèle fonctionne, et il fonctionne précisément à cause de ce qui rend la gratuité impossible pour eux.
Ce qui signifie que la différence ne réside pas vraiment dans le prix. Elle tient à la technologie, au public ciblé et aux conditions physiques dans lesquelles le produit peut fonctionner. Aligner nos prix serait la partie la plus facile. L’aligner de manière durable impliquerait de repartir de zéro en privilégiant le marché local, de renoncer aux revenus par poste de travail qui financent actuellement l’entreprise, et de maintenir l’activité existante à flot pendant la transition. Ce n’est pas une décision tarifaire, c’est une refonte totale associée à un changement de modèle économique.
Je pense que la conclusion réaliste est qu’il serait plus facile pour un grand acteur établi d’acheter une entreprise qui a déjà fait cela que de le devenir soi-même. Je ne dis pas cela pour me vanter : c’est une observation assez banale sur la manière dont les changements de plateforme se résolvent généralement. C’est aussi la raison pour laquelle je n’ai aucun scrupule à publier notre raisonnement. La réflexion n’est pas la partie difficile. C’est plutôt la décennie de décisions architecturales cumulées qui la sous-tend.
En termes de pari, le risque est faible et le gain potentiel élevé : cela nous coûte du temps d’ingénierie plutôt que des revenus que nous gagnions déjà, et le risque de perte est limité. Ce sont ce genre de paris qu’il faut prendre.
Ce que cela nous coûte réellement
La gratuité n’est pas gratuite pour nous, et je ne veux pas prétendre le contraire.
Cela nous coûte du temps d’ingénierie, en permanence. Chaque fonctionnalité doit être mise en place avec un budget plus serré que ce qu’accepterait un concurrent disposant de financements, et cela signifie parfois passer des mois sur un problème que d’autres résoudraient avec un serveur et un abonnement mensuel. Cela ralentit la génération de revenus, car nous avons choisi de ne pas actionner le levier de monétisation le plus évident. Cela implique de prendre en charge une large population d’utilisateurs qui ne nous paieront jamais rien, ce que nous acceptons comme le prix à payer pour obtenir des retours d’expérience et une large audience.
Et cela implique parfois de dire non. Lorsque nous ne parvenons véritablement pas à trouver un moyen de rendre quelque chose gratuit de manière durable, cela passe dans la version Pro, et la raison sincère est que nous n’avons pas réussi à trouver comment l’offrir gratuitement.
Ceux qui donnent en retirent des avantages
La dernière raison est la moins stratégique et, pour être honnête, c’est presque la plus importante.
Ça fait du bien de créer quelque chose que beaucoup de gens peuvent simplement utiliser. Il existe une version de ce secteur où les meilleurs outils ne sont accessibles qu’aux entreprises qui réussissent déjà, tandis que l’opérateur qui ne possède qu’un seul camion se voit proposer une version allégée à un prix élevé. Je ne veux pas travailler dans ce cadre. « Donner, c’est gagner » est une conviction que j’applique tant aux affaires qu’à la vie en général, et avoir pu mener cette expérience à cette échelle a été l’une des choses les plus gratifiantes que j’ai faites.
Si cela semble un peu naïf face aux arguments techniques et stratégiques, je l’admets. Mais je tiens à souligner que toutes les raisons évoquées ci-dessus sont venues après la décision. Je voulais offrir quelque chose de bien. Le fait que cela se soit également traduit par une meilleure ingénierie, une meilleure distribution, de meilleures informations et une position défendable est ce qui me surprend encore aujourd’hui.
- Stasi Berry, fondatrice de ToolBerry
Vous avez une question ?
Si vous pensez que l’un de ces raisonnements est erroné, n’hésitez pas à m’en faire part : contact@toolberry.net.
ToolBerry est une application gratuite de gestion des interventions sur le terrain, conçue pour fonctionner en priorité hors ligne, destinée aux petites entreprises du secteur des services. Téléchargez-la sur l’App Store ou Google Play, ou rendez-vous sur toolberry.net.
Pour en savoir plus
- Pas de piège : la règle derrière la gratuité de ToolBerry – comment nous déterminons ce qui est gratuit et ce que nous promettons
- Des sous-traitants sans double saisie : le réseau de services en pratique, aujourd’hui
- ToolBerry est-il vraiment gratuit pour toujours ? – le modèle économique en détail
- Pourquoi ToolBerry privilégie le mode hors ligne : l’architecture qui sous-tend tout cela
